Philippe de Villiers, intervenant sur France 2 un an après le référendum sur le traité constitutionnel européen, affirme que le camp du non a été trahi.
Dans une certaine mesure, il n’a pas tort : nombre d’électeurs nonistes peinent à voir leurs aspirations se réaliser. Au bout d’un an, le prétendu plan B qu’on leur avait promis et auquel beaucoup ont cru reste largement virtuel. L’Europe libérale que beaucoup ont voulu sanctionner par leur vote fonctionne toujours selon les mêmes modalités, d'ailleurs définies non pas tant par le projet de constitution que par les traités antérieurs. Les institutions de l’Union n’ont en rien gagné en démocratie. Quant à ceux qui préfèrent une Europe sans institutions supra nationales ou qui refusent l’ouverture de négociations en vue de l’adhésion (hypothétique) de la Turquie, ils se sentent floués…
Pour autant, lorsque monsieur de Villiers prétend s’exprimer au nom du peuple français, ou même de cette majorité de Français qui a rejeté le projet constitutionnel, il s’octroie une représentativité largement usurpée.
Les raisons qui ont conduit les uns et les autres à ce vote de refus sont nombreuses, variées et souvent antagonistes. Bien sûr, il y a des Villiéristes, des frontistes ou des souverainistes militant à l’UMP. Ceux-là, à défaut de tous se reconnaître dans le personnage, peuvent bien adhérer aux idées nettement plagiées sur Le Pen qu’il défend. Mais ils sont loin de constituer la majorité des nonistes.
Face à eux, il y a les tenants de ce qu’on a appelé le « non de gauche. » Or, les motivations de ces derniers sont d’une toute autre nature. Laurent Fabius n’a jamais exprimé une position souverainiste : il penserait plutôt qu’une constitution européenne est nécessaire, mais il l’imagine expurgée de tout ce qui impose une politique d’inspiration libérale. Jean-Luc Mélanchon, le parti communiste ou la LCR ne prônent pas davantage un repli sur soi : leur revendication porte plutôt sur l’intégration dans le traité d’un volet social plus généreux et plus contraignant. Quant à la question turque, colonne vertébrale du villiérisme nouveau, il y a fort à parier qu’elle est sans poids dans le non de gauche. Il y a fort à parier que l’éventuelle adhésion à l’Union de la Turquie, pays peuplé de musulmans mais laïc, ne trouble pas davantage les militants trotskistes que l’élargissement à la Pologne, pays catholique où le concept même de laïcité paraît impensable.
Cependant, s’il est acquis que Philippe de Villiers n’a pas le monopole du non, il est clair également qu’il a tout intérêt à lier son discours à ce résultat. Les 54,68 % de nonistes, pour peu qu’on oublie ce qui les sépare (et que je viens de rappeler), pèsent bien plus que les 4% d’intentions de vote dont un récent sondage CSA accrédite le président du MPF…
Il faudra, tout au long de l’année qui vient, rester vigilants : le député de Vendée ne sera pas le seul à jouer de ce type d’illusions d’optique.
Cinq ans déjà…

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