Une fois de plus, Ségolène Royal se trouve au cœur de la polémique. Cette fois, la proposition choc vise le corps enseignant, qui est aussi, dit-on, le cœur électoral du parti socialiste. En l’occurrence, elle aurait suggéré que les enseignants dans les collèges soient astreints à 35 heures de présence hebdomadaire dans les établissements, contre 18 actuellement, afin qu’ils y assurent, outre leurs cours ordinaires, des séances de soutien scolaire pour les élèves en difficultés.
Idée novatrice sans doute, mais on connaît l’argumentaire des syndicats enseignants : aux 18 heures de présence devant les élèves doivent s’additionner, si l’on veut estimer le temps de travail d’un enseignant de collège, les heures de travail en amont (formation continue du professeur, préparation des cours) et en aval (correction des devoirs). Pour un enseignant qui débute, ou pour un enseignant qui tient à se renouveler régulièrement, on peut atteindre ainsi jusqu’à 70 heures de travail réel par semaine. Beaucoup moins, en réalité, pour un professeur expérimenté, qui ne change pas trop souvent de niveau de classes et qui ne renouvelle chaque année que partiellement (voire pas du tout) son matériel et ses méthodes pédagogiques.
Or, Ségolène Royal constate que certains professeurs usent du temps libre ainsi dégagé pour assurer des cours de soutien dans le secteur privé, notamment au domicile des élèves. Or, ce soutien à domicile, que les parents paient relativement cher de l’heure, concerne, pour cette raison, surtout les familles des classes moyennes et supérieures. Les plus pauvres, qui sont souvent aussi les familles des élèves en difficulté, en sont exclues. Il y a là une inégalité criante au regard des chances de réussite scolaire. C’est contre cette inégalité que la candidate à l’investiture socialiste entend lutter, en offrant, dans le cadre de l’établissement scolaire, des cours de soutien s’adressant à tous les élèves qui en ont besoin, et qui seraient gratuits pour les parents. Sur le fond, cela va plutôt dans le sens d’une plus grande justice sociale.
Mais c’est sur la forme que l’idée est contestée, et d’ailleurs contestable, telle que le document sur internet la présente. En effet, si les enseignants accomplissant réellement 70 heures de travail hebdomadaires représentent une minorité de professeurs passionnés, ceux qui ne travaillent en fait que pendant les 18 heures de présence effective devant les élèves (auxquelles il convient cependant d’ajouter au moins leur participation aux diverses réunions qui rythment la vie de l’Éducation nationale, les rencontres avec les parents et leur présence aux conseils de classe) sont des exceptions. Là comme ailleurs, la fumisterie existe, mais dans une profession de passionnés, elle est loin d’être la règle. En moyenne, les professeurs ne doivent pas être très loin, et plutôt au-dessus des 35 heures de travail effectuées pour leurs élèves. Dès lors, la proposition sonne comme une provocation vaguement populiste, et est perçue comme telle. D’où un mouvement de rejet bien compréhensible.
Pour autant, le constat de Ségolène Royal reste vrai. Son idée de demander aux professeurs qui effectuent des heures supplémentaires dans le secteur privé de faire ces heures dans le cadre de leur établissement, moyennant une rétribution en conséquence bien entendu, mérite réflexion. En premier lieu, on pourrait penser que cela serait plus conforme avec le statut de fonctionnaire. Surtout, ce serait une chance pour les élèves les plus défavorisées de bénéficier du dispositif. Néanmoins, la proposition reprise telle quelle demeure irrecevable pour au moins deux raisons. La première, c’est que pour être acceptable, il faut que cela se fasse sur la base du volontariat : question de principe (de droit du travail et de statut de l’enseignant, pour être plus précis) et question d’efficacité, car sans une motivation réelle de l’enseignant, le dispositif risque bien de ne pas fonctionner. La deuxième concerne la relation entre l’élève et son professeur. L’un des atouts du cours privé, éventuellement à domicile, c’est que la matière est retravaillée par l’élève non seulement en faisant porter l’effort plus particulièrement sur les points qui posent problème (personnalisation extrême) mais aussi avec une personne différente, donc avec une approche pédagogique différente. En outre, on pourrait envisager un tel dispositif animé par des enseignants spécialement recrutés à cette fin.
Bref, la question posée par Ségolène Royal est plus complexe que le laisse supposer la vidéo tronquée diffusée sur internet.
Mais en réalité, la vidéo en question vise moins à combattre une idée lancée dans le cadre d’un brain storming et qui n’a pas encore atteint une forme présentable de proposition d’une candidate à l’élection présidentielle, que cette candidature elle-même. Le procédé lui-même relève de la propagande : il s’agit d’une vidéo pirate, enregistrée lors d’une réunion de section, et diffusée dans une version tronquée, ne retenant que le propos qui fait polémique, à l’exclusion de tout argumentaire et de toutes réserves qui auraient pu s’exprimer en même temps. Or, à procéder ainsi, on peut en effet faire dire n’importe quoi à n’importe quel candidat de n’importe quel parti. Visiblement, l’auteur de cette vidéo cherche à nuire à la candidature de Ségolène Royal à l’investiture du PS. En effet, la nature du document laisse penser que son auteur est un militant socialiste : l’identité des personnes présentes aux réunions de section d’un parti politique n’est probablement pas vérifiée d’une manière formelle (présentation de la carte d’adhérent, par exemple) et les sympathisants y sont souvent accueillis à bras ouverts. Traditionnellement, c’est à dire avant les campagnes d’adhésion sur internet, c’est ainsi qu’étaient recrutés les nouveaux militants. La date de mise en ligne d’une bombe à retardement préparée longtemps à l’avance prouve également que c’est à la campagne en interne que se rattache cette attaque, sans quoi, le document aurait très bien pu être diffusé en avril prochain.
On est loin de la campagne feutrée que préconisait François Hollande.
présidentielles / PS / campagne interne / Ségolène Royal / enseignants des collèges / 35 heures / vidéo sur internet
Cinq ans déjà…

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